Chroniques de Belgique #8  

« Avec un ciel si bas qu’il faut lui pardonner » Extrait de « Le Plat Pays » de Jacques Brel.

L’immigration espagnole n’est pas un phénomène nouveau en Belgique. Au cours du 20ème siècle, le plat pays a connu plusieurs vagues migratoires, parfois légales et parfois non. La Belgique a ouvert et fermé ses portes au fil des périodes économiques prospères et difficiles.

Selon les dernières statistiques officielles en date, les Espagnols représentent aujourd’hui la cinquième communauté étrangère de Belgique, soit 45.300 citoyens espagnols recensés en Belgique (Eurostat, 2010). Ce chiffre est évidemment loin de la réalité actuelle. Une récente estimation moyenne réalisée pour La Guía Joven para Españoles en Bélgica, publiée par Integrabel (le groupe d’associations espagnoles de Belgique dont Acentos fait partie) estime que 10.500 Espagnols ont immigrés en Belgique depuis le début de la crise en 2008. Les statistiques ne prennent en compte que les personnes enregistrées à l’Office des Etrangers et les estimations vont du simple au double selon la source. Au cours du 20ème siècle, elle a reçu plusieurs vagues d’immigration espagnole  à des moments particuliers de l’histoire.

Les exilés

Pendant la Guerre Civile d’Espagne, des familles belges accueillaient 5.000 enfants de républicains, souvent orphelins, pour les sortir de la guerre. Après la victoire des troupes de Franco, beaucoup d’entre eux sont restés en Belgique, certains sont encore en vie actuellement. En 1955, la Belgique compte aussi quelques 3.000 travailleurs espagnols, principalement des opposants au franquisme.

Les mineurs

Après la Deuxième Guerre Mondiale, la Belgique a besoin de main d’œuvre pour ses mines de charbon et ses usines. Les Italiens arrivent donc à partir de 1946, mais avec les années les conditions d’embauche se compliquent. L’Italie demande plus de sécurité dans les mines et arrête définitivement l’envoi de travailleurs  en 1956, après l’accident tragique dans la mine de Marcinelle (Charleroi) qui fait 262 morts, dont 136 Italiens.  

 

L’Etat belge examine alors le cas espagnol à partir de 1956. La même année, le régime de Franco créé  l’Institut d’Emigration Espagnole et planifie le départ de 1,5 millions d’Espagnols pour redynamiser l’économie ibérique.  Un accord est très vite passé. Entre 1956 et 1965 (fin de la campagne officielle de recrutement), 6.900 travailleurs espagnols arrivent dans les mines belges. Par la suite, ils seront rejoints par d’autres travailleurs arrivés en Belgique avec un visa de touriste. Les campagnes de recrutement de l’Etat belge s’arrêteront en 1973 quand la première crise de l’énergie frappe l’économie belge. De nouvelles lois sont signées en 1974 vont durcir les conditions d’accès au territoire belge mais permettent aussi à beaucoup de travailleurs étrangers de faire venir leur famille en Belgique.

 

L’immigration sporadique

Dans les années 70 et 80, les conditions d’accès à la résidence en Belgique deviennent beaucoup plus difficiles. Les rares immigrés espagnols qui arrivent à cette époque sont des « touristes » qui trouvent un travail et peuvent rester en Belgique en situation régulière. En 1986, l’Espagne devient membre de la Communauté Economique Européenne (CEE), de nombreux fonctionnaires et politiciens arrivent à Bruxelles. Dans les années 90, le nombre de citoyens espagnols en Belgique diminue pour se stabiliser pendant près de 20 ans. Avec l’ouverture des frontières et la création de l’espace Schengen en 1992, les citoyens peuvent circuler librement en Europe pour des périodes de trois mois maximum, avec leur carte d’identité.

La fuite des cerveaux

Chaque année, la Belgique accueille un nombre important d’étudiants Erasmus. Par exemple,  l’année 2012-2013 montre que sur 9.124 étudiants Erasmus, 1.892 étaient Espagnols. Ils représentaient la première communauté d’étudiants étrangers en Belgique. Depuis le début de la crise en 2008, le nombre d’étudiants Erasmus espagnols qui décident de rester en Belgique à la fin de leurs études augmente. Les chiffres officiels ne peuvent pas prouver ce phénomène car beaucoup d’entre eux restent en Belgique sans être inscrits officiellement auprès de l’administration belge. De plus, beaucoup de jeunes citoyens espagnols travaillent actuellement en Belgique sans être déclarés car ils ne trouvent pas de contrat de travail officiel. Ils ne sont donc pas reconnus comme des travailleurs par l’administration. Le problème principal pour eux est que le droit de séjour en Belgique est devenu de plus en plus strict envers les citoyens étrangers, y compris européens, ces dernières années. En 2009, la Belgique expulsait 343 Européens pour « fraude sociale ». Pour 2013 seulement, le chiffre est passé à 2.712, considéré comme « une charge déraisonnable pour l’État ».   Entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2013, c’est au  total 5.913 citoyens qui ont reçu un Ordre de Quitter le Territoire. Les chiffres pour 2014 ne sont pas encore connus mais devraient encore augmenter.

la Belgique compte aussi quelques 3.000 travailleurs espagnols : Bélgica cuento con unos 3.000 trabajadores españoles

conditions d’embauche : Condiciones de contratación  

l’accident tragique dans la mine de Marcinelle (Charleroi) qui fait 262 morts, dont 136 Italiens : el trágico accident en la mina de Marcinelle (Charleroi) que se soldó con la muerte de 262 minero, de los cuales 136 italianos. [Fue el accidente industrial más grave de la historia de Bélgica]

diminue pour se stabiliser pendant près de 20 ans : disminuye hasta estabilizarse durante casi 20 años.

sur 9.124 étudiants Erasmus, 1.892 étaient Espagnols :de los 9.124 estudiantes Erasmus, 1.892 eran españoles.

beaucoup d’entre eux : muchos de ellos.

Auprès de l’administration : ante la administración

le droit de séjour en Belgique : el derecho a la estancia en Bélgica

y compris européens : incluso los europeos

une charge déraisonnable pour l’État » : “Una carga[social] irrazonable/disproporcionada para el estado”. [Este es el argumento oficial utilizado por la administración belga]

Ordre de Quitter le Territoire : Orden de Dejar el Territorio. [Tecnicámente, una Orden de expulsión que no se hace efectiva porque el estado belga no tiene derecho a expulsar fisicamente los ciudadanos europeos.]